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EXHIBITION 13·1031·12·2005
Jean François Porchez,
un homme de caractère(s)

De par leur forme, les caractères avec lesquels vous composez des mots et écrivez
des textes en “disent” parfois plus que vous ne le soupçonnez.
En proposant la série d’expositions Type An Sich,
Catapult Communication Designers accorde à
la typographie toute l’attention qu’elle mérite. Au printemps 2005,
notre galerie s’est garnie de caractères du typographe néerlandais
Gerard Unger. Son collègue français Jean François Porchez
reprend le flambeau.

À l’âge de 30 ans, il a convaincu la direction du journal
Le Monde de remplacer le caractère Times New Roman par un
caractère spécifique plus adapté, Le Monde.
Ce tour de force en dit long sur la personnalité de
Jean François Porchez. C’est avec énergie qu’il
consacre sa passion à des commandes venant, entre autres, des transports
publics parisiens, de l’agence de voyage italienne Costa Crociere,
de la star du R’n’B Beyoncé Knowles, des
constructeurs automobiles Peugeot, Renault et du Baltimore Sun.

Jusqu’à fin décembre, vous découvrirez dans la salle d’exposition
de Catapult l’œuvre variée de Porchez.

Si vous souhaitez entendre Jean François Porchez parler de son travail, assistez ou à sa conférence, qui se tiendra le jeudi 24 novembre.
Vous trouverez de plus amples renseignements à
ce sujet sur www.typeansich.be.


Jean François Porchez

Parcours
Jean François Porchez (°1964) suit une formation de graphiste durant laquelle il s‘intéresse à la création de caractères | 1991-1994 Travaille comme créateur et conseiller typographique au sein de la célèbre agence de design Dragon Rouge, à Paris | 1994 Conçoit un nouveau caractère typographique pour le journal de qualité Le Monde | 1995 Crée son propre canal de vente pour ses lettres : www.typofonderie.com| 1996 Dessine les nouveaux caractères pour les transports publics parisiens | Travaille pour des clients comme Peugeot, Costa Crocerie, France Télécom, Baltimore Sun, Beyoncé Knowles et Renault

Bien plus que des caractères
Jean François Porchez est président de lAssociation Typographique Internationale (ATypI). Il donne régulièrement des conférences, enseigne la création de caractères à la Reading University (Grande Bretagne) dans le cadre du MA typefaces design en tant que visiting professor et conduit des ateliers de création de caractères à travers le monde. Il a publié Lettres Françaises, un ouvrage bilingue réunissant la majeure partie des caractères français disponibles en numérique (1998) et a lancé le site d'information typographe.com (2003). Il a été le président d .un jury mis en place par le Ministère de l .Éducation Nationale pour sélectionner un nouveau système et modèle d .écriture français (2001) et fut membre du jury du 3e Linotype Type Design Contest (1999) et du Type Directors Club "2" 2005.

Prix
Jean François Porchez a reçu le Prix Charles Peignot en 1998 en reconnaissance de ses remarquables contributions dans les domaines de la création de caractères, de la typographie et pour la communauté typographique. Le FF Angie (1990), & l .Apolline (1993), ont été primées lors du concours international de création de caractères trisannuel Morisawa Awards. Le Costa a reçu un Certificate of Excellence in Type Design lors du TDC2 2000 (2000). Ambroise, Anisette, Anisette Petite, Charente, Le Monde Journal, Le Monde Courrier ont été primés lors du concours international Bukva:raz (2001).

Caractères
Alpha Poste | Ambroise | Ambroise François | Ambroise Firmin | Angie | Angie Sans | Anisette | Anisette Petite | Apolline | Bienvenue | Charente | Costa | Costa PTF (open type) | Dereon | Le Monde | Le Monde Courrier | Le Monde Journal | Le Monde Journal Ipa | Le Monde Livre | Le Monde Livre classic | Le Monde Sans | Lion | Marianne | Mencken | Parisine | Parisine Office | Parisine Plus | Renault Identité | Sabon Next | Sitaline

Anisette
Créée dans l‘esprit des posters rétro des années 30, Anisette est une police toute en capitales qui utilise des petites capitales à la place des minuscules et de grandes capitales à la place des majuscules. Très influencée par la période Art Déco et conçue en 1996 sur la base d»une création des années 30 du nom de Banjo (par les créateurs français Deberny et Peignot), Anisette est proposée en six graisses différentes avec ligatures.
Anisette Petite Pour satisfaire les nombreuses demandes d»utilisateurs, des minuscules ont été ajoutées à l‘Anisette. Elles ont la sobriété des caractères géométriques avec une pointe de dynamique dans la tension des courbes. Quelques imperfections telles le r, l ajouté au g si particulier, rendent la version Petite suffisamment originale.

Ambroise
L»Ambroise est une interprétation contemporaine de certains caractères Didot de style tardif conçu vers 1830. Les formes originales des g, y, & et, dans une moindre mesure, des k se retrouvent sur les poinçons de Vibert, graveur attitré des Didot durant cette période. C‘est le Black, dont les sources étaient les plus sûres, qui servit de base à la conception de la famille. Dans la 2e moitié du xixe siècle, il est néanmoins courant de trouver des caractères Didot gras de plusieurs chasses dans les catalogues de fondeurs français, ces mêmes caractères perdurèrent jusqu»à la fin des grandes fonderies françaises dans les années 1960. Chaque jeu de chasse porte un nom relatif aux différents membres de l‘illustre famille de fondeurs et d‘imprimeurs Didot. La variante étroite se nomme Ambroise Firmin. Les extra-étroits sont appelés Ambroise François.

Apolline
Pour la caractère Apolline, Jean François Porchez cherchait principalement à travailler sur l‘horizontale. Les dessins d»origine, très petits, ont tout d»abord été réalisés sur papier calque puis numérisés dans des tailles supérieures. Les empattements asymétriques renforcent le rythme de l‘écriture. Porchez a étendu la famille Apolline en 1995 en lui ajoutant des petites capitales, des caractères de style ancien, ainsi que de multiples ligatures et ornements divers. Apolline 2.0 a reçu le prix Morisawa en 1993, au Japon.

Deréon
La famille Deréon a été créée en 2005 pour Beyoncé (& Tina) Knowles, une célébrité du monde de la musique pour le lancement de sa marque de prêt-à-porter House of Deréon, pour laquelle Jean François Porchez a également créé le lettrage, sous la direcion de Soohyen Park d‘AR Media. Initialement, la directrice artistique avait commencé à employer le Caledonia (1938) et Jean François Porchez a voulu garder quelques liens avec ce caractère innovant créé par W. A. Dwiggins (1880-1956). Le Caledonia peut être considéré comme une sorte de version plus expressive et pleine de vitalité des Didones écossais gravés par Bulmer et Msartin vers 1790. Pour Deréon, Porchez a accentué le concept initial de Dwiggins par une interprétation très franche des contreformes. En effet, un angle bien net est présent dans de nombreuses contreformes dans le but d‘offrir un design globalement plus dynamique et incisif pour les usages plus courants des fontes, comme le titrage. Le Deréon n‘est rien de plus qu‘une allusion au travail de Dwiggins, puisque la famille a des empattements triangulaires (pas du tout didonesques) et d‘autres effets distinctifs conçus pour répondre à la problématique du concept de marque House of Deréon. La musique de Beyoncé a aussi été un élément important lors de la création du caractère, dans le sens où cette musique est un savant mélange de Soul et R‘n‘B des années 1970 associé à des ‘effets’ Rap et Hip hop plus contemporains. Pour retranscrire visuellement cette analyse, Jean François Porchez a combiné des formes rondes et romantiques, telles les terminaisons rondes et les lettres à paraphes (en référence à la Soul), à d‘autres formes plus incisives et angulaires telles que celles décrites plus haut (en référence au Hip hop et à la musique conçue à l‘aide des nouvelles technologies). Le résultat est un caractère à multiples effets.

Mencken Head
La famille Mencken a été créée pour le Baltimore Sun en 2005. Ce caracère porte le nom Mencken en hommage à H. L. Mencken et à sa collaboration au Sun. Selon le London Daily Mail, H. L. Mencken a même mis son nez dans la typographie en proposant une variation Ironique (penché à droite) à inclure aux familles de caracères, pointant le fait que les leceurs américains ne comprennent pas les passages ironiques d‘un texte. Le Mencken a été vu comme très facile à lire et une large amélioration envers le caractère précédent. Un test de lecteurs conduit en ligne donna 75% de réponses préférant le Mencken aux familles précédentes. La famille Mencken inclut différents membres, chacun d‘entre eux étant spécialement conçu pour répondre à un problème donné. Le Mencken Head (et ses variantes étroites) est un caractère à fort contraste conçu dans le style Didone (style de caractères français typique de la fin du xviiie siècle) pas si courant ces derniers temps dans la presse quotidienne américaine. L‘objectif était de concevoir un caractère unique, plus lisible et simple.

Le Monde Journal
Cette famille a été conçue en 1994 comme caractère exclusif pour le journal français Le Monde. Le Monde Journal est le caractère de base de toute la famille. Par définition il est destiné à la presse et aux petits corps. Il est de la même couleur que le Times, il paraît néanmoins plus ouvert. La lecture en est facilitée, moins saccadée. Les contreformes des signes sont plus larges comme s»il y avait «de la lumière à l»intérieur». Pour tenir compte des problèmes d»impression, le gras contraste franchement avec le romain. Le demi-gras est lui plus adapté au titrage ou à l»édition soignée.
Le Monde Livre
Jusqu»à l»arrivée de la photocomposition, chaque corps de caractère était d»un dessin spécifique. Le Monde Livre associé au Monde Journal rétablit cette pratique. En effet, ce dernier est conçu spécifiquement pour une utilisation en petits corps (au-dessous du corps 10 points). Le Monde Livre est, quant à lui, bien plus adapté aux travaux courants (au-dessus du corps 10 points), du livre à l»affiche. De plus, comparativement à l»italique du Monde Journal l»italique du Monde Livre est d»un dessin totalement nouveau, proche des italiques originels de la Renaissance.
Le Monde Livre Classic
Extension du Monde Livre, cette famille contraste par ses formes historiquement référencées et ses nombreuses ligatures et variantes. L»italique combine deux niveaux d»ornementation: standard et boucles. Le Monde Livre Classic se décline en romain, petites capitales, italique, gras et vignettes.
Le Monde Courrier
De nos jours, depuis l‘;arrivée de la micro-informatique, la plupart des courriers professionnels sont composés dans des caractères typographiques de qualité. Les machines à écrire et les caractères qu‘elles utilisent sont devenus des antiquités. Un courrier composé en Times ou en Helvetica et imprimé avec une imprimante laser à 300/600 dpi est d‘une qualité telle qu‘on ne le distingue plus d»un document imprimé en offset. Ces courriers ainsi composés deviennent trop institutionnels. Le Monde Courrier tente de rétablir cette nuance à mi-chemin entre l»écriture et l»imprimé. Il redonne aux courriers le côté informel des caractères «machines à écrire». De même, compte tenu de ses spécificités techniques, il est particulièrement adapté aux fax, mémos et impressions en basse définition.
Le Monde Sans
Le Monde Sans est la version linéale, déclinaison des versions à empattements. Aujourd‘hui, c»est une chose devenue courante. Comme le faisait auparavant l‘;italique, ce type de variations enrichit les possibilités typographiques en permettant de différencier le satut de chaque texte, ce qui est fondamental dans les documents contemporains et la presse, où les commentaires et analyses doivent se démarquer subtilement de l‘information elle-même. Le dessin du Monde Sans reprend la structure de base commune aux membres de la famille Le Monde: proportions, chasse relativement étroite, axe oblique moins appuyé, etc. A tout moment, sans bouleverser la composition du texte, le typographe peut échanger les versions Sans, Journal et Courrier.

Parisine
Tout d‘abord conçu en deux séries, le Parisine est le caractère de signalétique du métro parisien spécialement développé en 1996 dans le but d»optimiser la lisibilité et l‘occupation de l‘espace. En 1999, la famille a été revue et agrandie pour les transports parisiens (RATP). Le Parisine a été divisé en quatre groupes distincts (Clair, Standard, Caps, Sombre) pour une meilleure compatibilité entre les sysèmes Mac/Os et Windows.
Parisine Plus
Déclinée du Parisine, cette version propose des formes de caractères intentionnellement plus étranges. De plus, cette déclinaison intègre des chiffres minuscules, des variantes et des ligatures remplaçant les signes mathématiques présents dans la version du Parisine de base.

Sabon Next LT
La conception du Linotype Sabon Next constituait un double défi: tenter de discerner les propres souhaits de Jan Tschichold pour le Sabon original et d‘interpréter la complexité d‘un style conçu à l»origine en deux versions pour différents systèmes. La première a été conçue en vue d‘une utilisation sur les systèmes Linotype et Monotype. La deuxième version de Sabon a été mise au point pour la composition manuelle Stempel et semble se rapprocher d»une interprétation pure de Garamond sans trop de contraintes. Bien entendu, pour la conception du Linotype Sabon Next, Porchez s‘est basé sur cette deuxième version, ainsi que sur des modèles originaux de Garamond, en améliorant avec soin les proportions du Sabon numérique existant, tout en faisant correspondre ses alignements. Sabon Next, entre autres, fait partie des polices de la collection Platinum de Linotype, qui ont été minutieusement numérisées et qui présentent une haute qualité que la typographie professionnelle exige. Toutes les polices de la collection Platinum ont été créées conformément à la tradition de qualité de Linotype.

Citaat
“Le créateur de caractères typographiques est comme le chef d'orchestre. Il crée toujours des variations sur un thème que d'autres ont utilisé avant lui. À cette différence près que le meilleur travail est celui qui ne se remarque pas.”
Jean François Porchez

Interview Jean François Porchez: «Continuer l’œuvre commencée»

Avec un respect profond pour ses prédécesseurs, Jean François Porchez crée des caractères qui démontrent à merveille toute la richesse de la typographie contemporaine. Qu’en dit-il lui-même?

Au printemps 2005, la galerie de Catapult s’est garnie de caractères de Gerard Unger. Comment vous situez-vous par rapport à votre collègue hollandais? Travaillez-vous plus sur les revivals?
C’est quoi au juste, les revivals? Quand j’ai participé à un concours avec l’Ambroise, j’ai coché la case «revival». Puis le jury m’a dit que ce n’était pas un revival, que c’était une interprétation ...
Ce qui est sûr, c’est qu’Unger est un auteur à la quête de l’absolu, de la création ultime. Plus il avance dans son travail, plus ses caractères se ressemblent. À mon avis, c’est parce qu’il est très proche de la perfection. Je vois dans ses caractères une montagne de granite très dur et très pur. C’est de la pierre: c’est là depuis des centaines d’années et ça ne bouge pas.

Vos caractères bougent plus?
Je mettrais Unger dans l’archétype Frutiger: ils sont tous les deux très reconnaissables: Unger, c’est Unger et Frutiger, c’est Frutiger. On sait où l’on en est: la tension des courbes, les formes, & Je me mettrais moi-même dans l’archétype Matthew Carter: à la fois lié à l’histoire et à la fois pragmatique par rapport à la réponse à donner pour pouvoir savoir s’adapter à des cas très différents.

On vous colle parfois l’étiquette de typographe frivole. Est-ce que le mot frivole vous gêne?
Non, pas du tout. À condition que frivole soit synonyme de jeu et de plaisir. C’est autre chose que la légèreté. Je ne fais pas les choses à la légère, j’étudie mes sujets en profondeur, même s’ils ont l’aspect parfois frivole, comme les commandes de Beyoncé Knowles.

Quel caractère vous a donné le plus grand plaisir de création?
C’est toujours le dernier. En ce moment donc le Mencken, sorti en octobre dernier pour le Baltimore Sun. Avec le temps qui passe, on voit les défauts d’un caractère sans pour autant le rejeter. Plus un caractère est vieux, plus je le trouve horrible, parce que j’évolue. C’est comme quand on regarde les vieilles photos.

Le processus de création est-il lié à la langue maternelle du créateur de lettres, dans votre cas le français?
Même si je suis un designer pragmatique qui essaie de mettre en valeur le sujet, je reste un auteur. Mes créations sont le reflet de ma culture et ma culture est spécifiquement française. J’essaie au maximum d’être moi-même, donc d’être culturellement intègre. Bien sûr, je me laisse influencer par mes confrères, mais j’essaie de construire des caractères en me basant surtout sur des sources typographiques françaises. Le Sabon est un hommage à Garamond, l’Anisette est un hommage à Cassandre. C’est important pour moi de continuer l’Suvre commencée.
De là à dire que la création est liée à la langue? Avec un caractère, on peut composer toutes les langues. Dans ce sens-là, la typographie est universelle. Mais en même temps, elle est influencée par la langue et la personne du créateur. Quand le grand typographe allemand Herman Zapf a dessiné l’Optima et le Palatino il a rêvé en allemand, pas en français ou en espagnol. Moi, quand je rêve d’un caractère, je le fais en français Je fais mes premières compositions de textes plutôt en français, je saisis les mots en français, même sans y penser. Les caractères que je dessine sont sans doute plus en harmonie avec ma langue maternelle qu’avec d’autres langues. C’est une harmonie de couleurs. L’allemand par exemple est une langue qui a beaucoup de lettres assez complexes comme le w, les deux s & La manière de combiner les lettres les unes après les autres fait qu’on a besoin de dessiner un caractère qui est assez statique et sobre, parce que la langue elle-même est très riche dans la complexité des formes.

Et le français?
Au niveau des lettres écrites, c’est une langue plus «plate». Il y a beaucoup de lettres identiques qui se suivent. Ça crée un gris un peu fade. Quand on crée des caractères en français, on a envie de faire quelque chose de très vivant pour animer le texte. Si l’on applique le même système en allemand, ça va bouger dans tous les sens. Mais ça ne veut pas dire que les caractères que je dessine ne sont pas utilisables en néerlandais ou en anglais. C’est très sensible, c’est pour cela que je parle d’harmonie et pas d’adaptation. J’ai reçu un e-mail d’un de mes utilisateurs du Monde Livre, un Suédois. Il m’a signalé qu’en suédois, il y a des combinaisons de lettres qui sont horribles, qui ne fonctionnent pas du tout. J’avais fait des tests avec deux lettres côte à côte, mais en suédois, il existe des mots composés où trois lettres pareilles se succèdent. Ça prouve que la création de caractères est culturelle et liée à la langue. Ça prouve aussi qu’on rêve de lettres dans une certaine langue.

Est-ce qu’un graphiste italien va choisir le Bodoni ou l’Ambroise?
Le Bodoni est sans doute plus italien que l’Ambroise. Mais il s’y ajoute un problème: de l’Ambroise il n’existe qu’une version, du Bodoni circulent des dizaines de versions. C’est pareil avec le Sabon. J’ai reçu des dessins du Sabon créés à des dates différentes et souvent réalisés par des personnes différentes. On voit qu’une personne a redessiné une lettre mais n’a pas regardé toutes les lettres en même temps, n’a pas vérifié si l’adaptation était en harmonie avec les autres. La logique est juste une logique de décalque. Le Sabon sur lequel j’ai travaillé est beaucoup plus proche d’un Garamond français que du Garamond travaillé par Robert Slimbach. Pour Jan Tschichold, le gris du texte est quelque chose de fondamental. Slimbach, par contre, se laisse influencer par la typographie italienne, avec une forte tendance à l’horizontalité.

En quoi le créateur de caractères ressemble-t-il au chef d’orchestre?
Tout comme le chef d’orchestre, il est moins un artiste et plus un interprète. Il a l’histoire à respecter et les problématiques liées au sujet. Chaque projet est une réponse pragmatique à un problème du client. C’est difficile de dire qu’on se sent plus français ou quoi que ce soit. On a tous des influences très variées.

Est-ce votre ambition de renouveler la grande tradition française?
Si j’ai l’ambition de renouveler? Il faut demander ça à mes enfants et mes petits-enfants quand ce sera terminé. Ce n’est pas à moi qu’il faut le demander (rires). Parlons plutôt des hauts et des bas de cette tradition française. La dernière fonderie française Deberny et Peignot a disparu dans les années 1970. C’était une perte importante, parce qu’une entreprise locale est créatrice d’emplois pour les typographes. À partir du début des années 1960 jusqu’à l’arrivée des ordinateurs, très peu de dessinateurs de caractères avaient du travail. C’est dans les années 1970 que le split se fait entre les caractères et le design, qui devient un élément à part entière, comme le prouvent les caractères ITC d’Albert Boton et de Jean-Renaud Cuaz. Mecanorma a donné pas mal de créations dans les années 1970 1980, ce qui prouve bien que s’il y a une industrie locale, ça aide beaucoup.
Dans les années 1980, un groupe de travail a été mis en place par le gouvernement français. Heureusement, plutôt que de privilégier l’information, les membres ont privilégié la formation. Le projet est venu à terme en 1985 avec la création de l’ANCT (Atelier National de Création Typographique). Le début de l’ANCT, avec le Scriptorium de Toulouse, a suscité une reprise parmi de jeunes dessinateurs. Des personnes comme Franck Jalleau et Jean-Renaud Cuaz ont fait sentir qu’il y a eu un renouveau de tradition avec des gens qui ont de fortes capacités.
Vers les années 1990, les premières petites fonderies individuelles ont vu le jour, comme celles de Sumner Stone. Ce typographe américain a commencé à faire des choses à l’image de l’ordinateur. Le dessin n’est que le reflet de la technologie en quelque sorte, on sent une influence très directe de l’outil sur la création. Des gens comme Matthew Carter et Cherie Cone par contre ont continué à créer des caractères qui ne sont pas influencés par l’outil directement.

Dans l’enseignement, quelles sont pour vous les références?
Pour moi, il y a trois lieux d’enseignement pour la création de caractères, qui forment des gens avec des capacités : l’École des Beaux-Arts de La Haye aux Pays-Bas, l’Université de Reading en Angleterre et l’École Supérieure Estienne à Paris. Le Scriptorium de Toulouse, qui a arrêté cette année, a formé aussi pas mal de gens. Quelqu’un comme Xavier Dupré, par exemple, un autodidacte qui est ensuite passé par le Scriptorium.

Vous êtes président de l’ATypI (Association Typographique Internationale). Comment cette organisation voit-elle l’évolution des caractères en fonction de l’explosion des langues?
En avril prochain est organisé à Dubai une des premières conférences sur la création de caractères arabes. En Amérique du Sud, où pendant des décennies, il n’y a pas eu de création de caractères, on observe une explosion extraordinaire de caractères fort différents des caractères non-hispaniques. En Russie, on assiste à la création de caractères cyrilliques. Ces jeunes créateurs sont plus créatifs, plus ouverts, moins raides comme on pouvait le sentir il y a quelques années. Tous ces constats montrent bien que la typographie continue à bouger et à évoluer. De plus, on ne considère plus les caractères non latins comme exotiques. Aujourd’hui, ils existent tous.

Interview par Luk Mestdagh à l’agence de design Catapult, le 13 octobre 2005 Propos recueillis par Frederika Hostens

Links
www.typofonderie.com
www.porchez.com
www.typographe.com
www.typographi.com
www.catapult.be

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Info

EXHIBITION 13·1031·12·2005
Jean François Porchez,
un homme de caractère(s)

Catapult, Rubenslei 10, 2018 Antwerp
(à côté du Stadspark ; accessible à pied depuis la gare centrale)
Tél. 03 239 10 10, fax 03 239 10 11
info@typeansich.be.

Heures d‘ouverture : tous les jours ouvrables de 9 heures à 18 heures.

Contact

Catapult
Catapult crée une communication qui assiste le client et respecte le public. Catapult apporte son soutien aux entreprises et aux organisations qui souhaitent établir un dialogue avec leurs groupes cibles. Catapult désire aussi mener sa propre communication. Sur la photographie et la typographie. Sur l impression et l‘illustration. Sur le stylisme et le design. Avec des professeurs et des étudiants. Avec des professionnels et des amateurs. Avec des clients et des collègues. Des valeurs sûres et de jeunes talents exposent leur travail dans notre galerie. Pour que vous aussi vous puissiez les admirer.

Merci:
Gerard Unger - www.gerardunger.com
Jean François Porchez - www.porchez.com

An Decoster (Arctic Paper) - www.arcticpaper.com
Celeste Verhoeven
Consulaat Generaal van Frankrijk te Antwerpen
Frederika Hostens - www.frederika.be
Lien en Daphne
Lithos Printing - www.lithos.be
Luk Mestdagh
Plantin-Moretus Museum
Sint-Lukas Antwerpen (Karel de Grote Hogeschool)
PhusionCulture - www.phusionculture.be

 

 
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